Un univers cosmopolite : Marcel Barbeau (1925 – 2016)

Beaverbrook Art Gallery7 Janvier, 20160 Commentaires

Il est difficile d’imaginer un monde sans la présence de Marcel Barbeau. Marcel est décédé le 2 janvier 2016. Son œuvre est un phare dans l'univers des arts depuis le milieu des années 1940, et nous avons suivi de près sa carrière de peintre, de sculpteur, de photographe et d’artiste de la performance. Il a été chef de file dans la traversée du territoire de l’art abstrait. Benjamin des Automatistes et signataire du Refus global de 1948, Barbeau a créé certaines des abstractions tachistes all-over les plus époustouflantes et les plus stimulantes de l’époque. Ces seules réalisations auraient suffi faire de lui un artiste célébré et mémorable. Certains d’entre nous croient que ses œuvres comptent parmi les plus originales de tout le groupe.

Ses voyages l’ont mené à vivre notamment à Montréal, en Californie et à Vancouver, puis de nouveau à Montréal. Dans son art aussi, il est demeuré aventurier. Au milieu des années 1950, il faisait des abstractions géométriques monochromes très réductivistes si dépourvues de fioritures qu’elles étaient précurseurs du minimalisme. Ses abstractions en noir et blanc des années 1950, au contraste frappant, peuvent se mesurer aux œuvres de Pierre Soulages, de Franz Kline, de Lucio Fontana et sont consœurs des créations de ses contemporains de Montréal : Fernand Leduc, Fernand Toupin, Claude Tousignant, Guido Molinari et Paul-Émile Borduas (qui lui a enseigné de 1942 à 1947). Dès le début des années 1960, il peint des abstractions hard-edge et on affirme à l’échelle internationale qu’il a contribué au mouvement de l’art optique.

Toute sa vie, en sculpture et en peinture, il cherche à trouver un équilibre entre un penchant expressionniste organique libre et des règles intellectuelles. Selon moi, il trouve sa foulée une fois de plus dans les années 1990 où il crée une série de toiles qui réconcilie ces deux extrêmes. Leduc et Toupin souriraient ; ces toiles posent un regard sur leurs ancêtres, les membres du groupe Abstraction-Création des années 1930, tout en s’exprimant entièrement au temps présent. Rien de moins.

Tard un soir, alors que je présentais une œuvre créée pour Nuit blanche à Montréal, Marcel a pris le temps de me rendre visite et de visionner mon œuvre ; il s’agit de l’un des moments les plus chers de ma vie professionnelle.

L’œuvre de Barbeau a été le sujet de quelques films et vidéos d’art, notamment celui d’une cinéaste de renommée, Manon Barbeau, coproduit par InformAction et l’Office national du film du Canada (2000). En 1963, il a reçu le Zack Purchase Award de l’Académie royale des arts du Canada. En 1973, on lui a accordé une bourse de la Fondation Lynch-Staunton du Conseil des arts du Canada. Il a été invité à se joindre à l’Académie royale des arts du Canada en 1992. En 1995, il a reçu l’Ordre du Canada, puis le Prix du gouverneur général en arts visuels et en arts médiatiques en 2013 et a obtenu le titre d’officier de l’Ordre national du Québec en 2015. On ne peut laisser sa trace au Canada sans paraître sur un timbre. Or, en 1998, Postes Canada a émis un timbre représentant une des œuvres de Barbeau dans une série qui rendait hommage aux peintres automatistes.

Les œuvres de Barbeau se trouvent dans de nombreuses collections privées et collections d’entreprises. Plus de 338 œuvres de l’artiste font partie de collections publiques au Canada, aux États-Unis et en Europe, notamment celles de la Galerie d’art de l’Ontario (Toronto), du Musée des beaux-arts du Canada, du Musée des beaux-arts de Montréal, du Musée d’art contemporain de Montréal, du Musée des beaux-arts de Québec, de la Galerie d’art de l’Alberta, du Musée Glenbow, de la Galerie d’art Beaverbrook, sans compter la majorité des galeries d’art les plus importantes du pays. Ses œuvres se trouvent aussi au sein des collections de bien des institutions internationales, y compris le British Museum (Londres), la Galerie d’art Chrysler (Norfolk en Virginie), le Musée des beaux-arts de Lyon (France) et le Musée Stedelijk (Amsterdam).

Jeffrey Spalding
Conservateur principal

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