Le guide du voyageur de Galerie : Episode no.5

Beaverbrook Art Gallery1 Février, 20180 Commentaires

Le guide du voyageur de Galerie : Episode no.5

 

Jusqu’ici, nous avons présenté dans cette série différentes stratégies qui peuvent être adoptées en visitant une galerie d’art. Bien des visiteurs — que ce soit leur première ou leur quinzième visite — peuvent se trouver au dépourvu devant une œuvre d’art. À l’aide des différentes stratégies abordées jusqu’à maintenant, on peut regarder les techniques utilisées, étudier les éléments de l’art dans la pièce et se plonger dans l’histoire de l’œuvre. 

Stratégie no 0 : Ne paniquez pas! Les galeries d’art et les musées sont des endroits conçus pour vous divertir. Il n’y a pas qu’une seule façon de vivre une expérience artistique; commencez par vous promener dans les lieux pour voir ce qui attire votre regard!

Stratégie no 1 : l’étude des techniques. Pour en savoir plus, cliquez ici.

Stratégie no 2 : l’influence et l’inspiration. Pour en savoir plus, cliquez ici.

Stratégie no 3 : l’immersion dans l’imagerie. Pour en savoir plus, cliquez ici.

Stratégie no 4 : les éléments de l’art. Pour en savoir plus, cliquez ici.

Stratégie no 5 : le symbolisme dans une œuvre.

Ces stratégies en ont aidé plus d’un à déchiffrer les œuvres vues jusqu’à présent. Dans certaines œuvres, cependant, les artistes peuvent inclure des détails se rapportant à des idées qui ne sont pas tout de suite évidentes. Dans ces cas, on peut regarder le symbolisme caché dans ces œuvres pour mieux les comprendre. Imaginez que ces symboles sont comme un code ou un langage secret. Les artistes se servent souvent d’images reconnaissables (des plantes, des animaux ou des objets) pour représenter une idée ou pour raconter une histoire.

L’un des exemples les plus connus des œuvres de la Galerie à se servir du symbolisme est aussi l’une des pièces les plus grandes de la collection : le Santiago El Grande de Salvador Dalí.

Lors de votre prochaine visite dans la nouvelle aile de la Galerie, vous trouverez un espace renouvelé où apprécier cette œuvre d’art monumentale. Lorsque vous vous tenez (ou que vous vous étendez) devant la pièce pour la première fois, vous verrez saint Jacques, le saint patron de l’Espagne, monté sur un étalon blanc qui semble s’élever de la mer. Il porte un énorme crucifix dans une main (plutôt qu’une épée, comme dans bien d’autres représentations du saint). Il est clair que Dalí souhaitait rendre hommage au saint patron de l’Espagne; il a donc dépeint plusieurs symboles du christianisme dans cette toile adorée. L’artiste semble s’être inspiré des arches et des plafonds d’une cathédrale pour l’arrière-plan de la pièce. On voit des anges qui s’élèvent du cou du cheval vers le haut de la toile (vers les cieux peut-être); et le personnage à droite au bas de l’œuvre semble enveloppé d’un suaire comme la Vierge Marie.

Toutes ces caractéristiques paraissent à première vue et donnent à l’œuvre un caractère religieux évident. Toutefois, lorsqu’on étudie davantage les autres symboles dans la pièce, on peut mieux comprendre l’histoire.

Dans le plafond du genre cathédrale, on remarque un coquillage incrusté dans chaque pilier. Le coquillage est l’emblème traditionnel de saint Jacques le Majeur (Santiago El Grande en espagnol), populaire aussi chez les pèlerins de retour du Pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle en Espagne. On dit que le coquillage est une métaphore, que ses lignes représentent les différents chemins pris par les pèlerins de partout dans monde, empruntant chacun un sentier différent vers le même point : la tombe de saint Jacques à Saint-Jacques-de-Compostelle.

Un autre symbole, moins évident cette fois, que l’on voit dans l’œuvre est le nuage d’une explosion atomique et un pétale de fleur de jasmin au centre du cheval. Ce nuage représenterait l’intérêt que vouait Dalí aux nouvelles découvertes de l’époque en physique nucléaire. Les gens étaient très curieux quant au progrès scientifique vers la fin des années 1950, et l’Exposition internationale de 1958 à Bruxelles était l’endroit où L’Atomium, célèbre monument, a été dévoilé — et où Dalí a exposé son Santiago El Grande pour la première fois, dans le pavillon espagnol de l’Exposition.

Au centre de ce nuage qui représente les découvertes dans le domaine nucléaire, on voit les quatre pétales d’une fleur de jasmin. La fleur de jasmin est un symbole de pureté et d’harmonie, et l’une des fleurs favorites de Dalí, qu’il se glissait souvent derrière l’oreille ou sur les pointes de sa moustache. À première vue, tout cela pourrait sembler n’être que des caractéristiques visuelles de la scène. Mais, lorsqu’on connaît ce « langage secret » des symboles, le sens de chacun d’entre eux approfondit celui de l’œuvre dans son ensemble. Dalí représentait-il ses croyances tant dans le domaine scientifique que dans le domaine religieux, et espérait-il qu’une harmonie s’installe entre ces deux mondes?

Le dernier détail que nous observerons (bien que ce ne soit certainement pas le dernier détail symbolique de la pièce) est la figure à la cape de Gala à droite au bas de la toile. Gala était l’épouse de Salvador Dalí, et on dit souvent qu’elle était sa muse. Dans cette œuvre, entre autres, Dalí n’a même pas signé son nom. Il s’est plutôt servi, en quelque sorte, de l’image de Gala comme signature. Il est aussi intéressant de noter que son regard interpelle directement le regardant – c’est comme si Dalí s’était servi de Gala ici pour attirer le regardant par le symbolisme chrétien de l’image de saint Jacques.

Lors de votre prochaine visite à la Galerie, prenez le temps d’admirer le Santiago El Grande. En étudiant le symbolisme de la pièce, on voit clairement que cette toile contient bien des histoires. Chaque décision de l’artiste semble ainsi bien plus intentionnelle. Servez-vous de cette stratégie pour d’autres œuvres en montre dans les salles d’exposition, et tentez de lire l’œuvre pour l’image que vous voyez d’abord, mais aussi pour son langage codé.

Selon vous, quel récit ou quel message Dalí tente-t-il de raconter dans cette œuvre célèbre?

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